La saga Marvel Studios, 14ème partie : Marvel s’abonne à Netflix

Après une incursion un peu molle dans l’univers de la télé, avec Agents of SHIELD, le MCU revient en force sur les petits écrans, via Netflix. Quatre séries inédites (Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist) culminant avec une mini-série qui mélange tout ce beau monde (The Defenders), l’ambition est énorme. Et rappelle beaucoup ce qui a déjà bien fonctionné au cinéma. Les séries Netflix, un MCU dans le MCU ?

Marvel's The Defenders (Netflix)

Avant d’attaquer ce chapitre sur les séries coproduites par Marvel Television, ABC et Netflix, il est sans doute de bon aloi de repréciser quelques points de détails. Comme on l’a vu dans les deux premiers volets de cette saga, ce sont les petits gars de Marvel Studios qui ont inventé le concept de Cinematic Universe, le MCU dont je vous parle depuis 14 épisodes. Et c’est quand la maison mère, Marvel Entertainment, a été rachetée par tonton Disney en 2009 qu’un département télé a été créé, destiné à inonder le petit écran de héros maison.

Là où ça coince, c’est que comme la paternité du MCU revient à Marvel Studios, les malheureux de Marvel Television ne récupèrent en général que les miettes, au bon vouloir des mecs du ciné. C’est ce qui a posé souci pendant toute la première partie de la saison 1 d’Agents of SHIELD, quand il a fallu attendre que le « reveal » autour d’Hydra soit fait dans le film pour pouvoir embrayer en télé.

Du coup, cette volonté de retenter l’expérience de l’univers partagé à l’échelle de la lucarne magique, avec ses propres franchises, peut sans conteste être vue comme une tentative de la division télé de s’émanciper de la tutelle des pontes du grand écran. Tout en reproduisant un schéma qui a déjà fait ses preuves et qu’il suffit dès lors de décliner.

Faire oublier Ben Affleck

Marvel's Daredevil

Ce pauvre Daredevil essayant de se remettre de sa première aventure ciné.

On ne s’attardera pas ici en détails sur les phases de productions propres à chaque série, mais on tentera plutôt d’analyser cette opération Netflix dans son ensemble. A tout seigneur, tout honneur, c’est bien entendu par Daredevil que commence cette nouvelle aventure pour Marvel. Un perso qui a pas mal souffert d’une piètre adaptation en long métrage, que Marvel traine comme un boulet depuis bien trop longtemps. D’ailleurs, à la base, cette première série Netflix devait être un film pour les salles.

Quand les droits liés à l’avatar de Matt Murdock réintègrent le giron de Marvel Studios en octobre 2012 (une info qui ne sera confirmée que le 23 avril 2013), un certain Drew Goddard (Cloverfield, The Cabin In The Woods), un autre membre de l’écurie Whedon, débarque avec un projet de scénario sous le bras. Mais Kevin Feige et ses acolytes décident finalement de laisser tomber l’idée, craignant que le film ne requiert un label Rated R (interdit aux moins de 18 ans) dont ils ne veulent pas pour leur MCU.

Il faudra attendre un an pour que tombe l’annonce officielle de la collaboration de Marvel Television avec Netflix (et ABC, qui met aussi des sous) et du retour du projet Daredevil initialement pitché par Goddard. Malheureusement, il ne pourra assurer le poste de « show runner » sur la série à cause d’engagements sur le projet un peu chelou de Sony autour des Sinister Six, et filera le bébé à Stephen S. DeKnight, encore un membre de la team Mutant Enemy.

MCU 2.0

Jessica Jones

Jessica, il faut pas trop la faire chier. J’ai hâte de la voir tenir Stark par le bouc.

L’annonce de cette vaste entreprise autour de quatre héros new yorkais moins connus du lore Marvel intrigue. Aux côtés de Daredevil, dont le public a déjà vaguement entendu parler, on retrouve des personnages moins populaires, comme Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. L’idée, comme on l’a vu, c’est véritablement de recréer l’émulsion autour du MCU ciné en proposant des franchises séparées soignées, culminant par une aventure partagée en point d’orgue de ces différentes sagas. Les Defenders seront les Avengers de la télé.

Première pierre de cet édifice donc : Matt Murdock, l’avocat aveugle, qui se transforme la nuit en justicier des rues, sous le nom de Daredevil. Même s’il a quitté le navire, Goddard continue de superviser le projet et signe d’ailleurs les deux (excellents) premiers épisodes de la série. Son ambition est de proposer un univers plus sombre que le MCU ciné, plus adulte, plus « gritty » comme disent les anglo-saxons. Avec du sang, de la sueur et du sexe.

L’ami Drew cite notamment en référence des films comme Taxi Driver ou des séries comme The Wire. On est clairement pas là pour rigoler. Et côté casting, on est gâté aussi. Pour l’anecdote, Charlie Cox, qui endosse le costume de l’Homme sans peur dans la série, avait été repéré par Joe Quesada (l’homme qui a relancé la série pour Marvel via Marvel Knights) bien avant que le projet ne prenne forme, avant même que les droits ne reviennent chez Marvel. Quesada aurait à l’époque déclaré à ses potes : « J’ai trouvé notre futur Daredevil ! ». Dont acte quelques années plus tard.

Contrôle du Fisk

Vincent d'Onofrio

Wilson Fisk, le mec que t’as pas trop envie de croiser au détour d’une allée sombre.

Le succès récent de Marvel au cinéma et le pitch de la série attirent quelques gros calibres au générique, notamment Vincent d’Onofrio. L’acteur est impérial en Wilson Fisk torturé, et considéré par beaucoup comme le meilleur « big bad » du MCU, devant Loki. Et pour le reste, que du beau linge aussi : Deborah Ann Woll (True Blood), Rosario Dawson (Eagle Eye) ou encore Scott Glenn (qu’on ne présente plus), l’affiche est plutôt classe.

Le 10 avril 2015, date à laquelle Netflix lachera Daredevil dans la nature, le succès critique et populaire sera au rendez-vous. La série sera louée pour son ton mature, adulte, qui tranche radicalement avec celui auquel nous a habitué le ciné. La première étape du périple est remportée, une saison 2 est commandée, il est déjà l’heure pour Marvel de passer à la suite.

Et la suite, c’est une certaine Jessica Jones, dont l’ami Glou vous a déjà parlé en long et en large. Je n’ai pas grand chose à rajouter à ce qu’il vous a déjà conté, si ce n’est préciser qu’une fois de plus, la série décrochera moult éloges, de la part de la presse comme des spectateurs, et se verra, sans surprise, commander une seconde saison dans la foulée.

Puny Punisher

Elektra

La française Élodie Yung, une Elektra qui vous fera vite oublier Jennifer Garner. Jennifer qui ?

Toujours pour emboîter le pas au MCU ciné, ce nouveau MCU Netflix profite aussi de ses franchises pour introduire des personnages secondaires d’importance. Luke Cage fait ses débuts chez Jessica Jones, et la saison 2 de Daredevil nous permettra de découvrir de nouvelles versions du Punisher et d’Elektra. De quoi poser de solides jalons pour la suite. On parle d’ailleurs déjà d’un spin-off centré exclusivement sur le Punisher, c’est dire.

Reste que ce « nouveau MCU » (je ne sais décidément pas quel nom lui donner) s’accompagne aussi de son lot de dangers. Déjà parce qu’il est géré par Marvel Television, et non Marvel Studios (grand détenteur des clés du MCU ciné), mais surtout parce que depuis la réorganisation administrative effectuée par Disney début 2015, un véritable fossé de communication s’est créé entre les deux entités. Marvel Television répond directement à Marvel Entertainement, et au très radin Ike Perlmutter, tandis que Marvel Studios dépend aujourd’hui de Disney en ligne directe. Alors oui, le département ciné a toujours la priorité sur le lore, mais le contact semble être réduit au strict minimum avec les gars du petit écran.

A tel point qu’on voit de plus en plus se séparer les deux univers. D’un côté, les gros blockbusters à 200 millions de dollars, blindés d’effets spéciaux, fun, légers, avec des intrigues cousues de fil blanc et des couleurs plein les yeux. De l’autre, un univers sale, poisseux, terriblement ancré dans les réalités de la vie quotidienne, qui dénote complètement avec son modèle. Et entre les deux, plus que de vagues références, et encore…

Si vous avez prêté attention aux plans de New York dans Jessica Jones, vous remarquerez avec stupeur qu’on n’y aperçoit pas la Stark Tower, emblème pourtant incontournable du MCU. Manque de moyens ou volonté de la part de Marvel Television de se démarquer ? On en a longuement débattu dans un récent épisode des Clairvoyants, je vous invite à aller jeter une oreille si vous voulez en savoir plus sur le sujet.

Defenders, assemble!

The Defenders

Toujours pas de date pour la mini-série Defenders, mais perso je ne miserais pas dessus avant 2018. Oui, ça fait loin.

Rupture ou pas, il semble évident aujourd’hui que les deux univers, le MCU ciné et le MCU Netflix, semblent prendre des routes différentes. Et quelque part, ce n’est foncièrement pas une mauvaise nouvelle. Ça prouve que Marvel a aussi des choses à dire dans un registre différent et puis surtout, ça va permettre à la Maison aux Idées d’exploiter des personnages et des franchises moins faciles à faire évoluer sur le grand écran.

Reste la question de savoir si ces nouveaux héros vont pouvoir un jour tailler le bout de gras avec leurs alter ego du cinoche. Kevin Feige avait promis plus d’interactions entre les deux médias, on attend toujours de voir. Pour le moment, en dehors de quelques easter eggs pas toujours très heureux, les séries Netflix restent délibérément dans leur petite bulle, loin de Tony Stark ou de Natasha Romanoff.

Peut-être qu’avec l’arrivée de la saga Infinity War, le troisième film des Avengers prévu en deux parties en 2018 et 2019, ce sera l’occasion d’introduire le public des salles obscures à ces personnages plus marqués, plus sombres, plus « humains ». Mais on a encore le temps de voir venir. D’ici là, on peut encore avoir de bonnes surprises et un retour de la communication entre Feige (ciné) et Loeb (télé) n’est jamais à exclure. Marvel Television a bien réussi récemment à s’entendre avec la Fox pour produire deux séries télé, tout est possible.

Mais ça, ce sera pour plus tard. La semaine prochaine, si tout va bien, on s’intéressera à un film qui a divisé, film que je considère personnellement comme incompris : Age of Ultron. Rendez-vous dans le prochain épisode de la saga pour en savoir plus sur mon amour infini pour le bébé de Joss Whedon.

En attendant, pourquoi ne pas lire ou relire les autres parties de cette grande saga ?


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Commentaires
  1. Que dire de plus, encore une fois c'est du bon boulot et j'attend la suite avec beaucoup d'impatience.

  2. Rendez-vous dans le prochain épisode de la saga pour en savoir plus sur mon amour infini pour le bébé de Joss Whedon.

    FTFY :smiley: