Killer Instinct : le challenger qui revient de loin

Les sorties simultanées de Killer Instinct sur PC et d’un patch pour Street Fighter 5 le 29 mars dernier étaient porteuses d’une légère ironie. Car ces deux titres ont des destins bien plus similaires qu’on ne pourrait l’imaginer. Jeux de combat exclusifs à une console, ils visent chacun à leur manière le statut de service évolutif inspiré des MMO et MOBA. Mais alors que SF5 entame à peine un chemin aussi chaotique que l’apprentissage de Ryu, KI arrive à maturité et s’est bonifié avec les années. Et ce, contre toute attente et avec relativement peu de moyens ! Il est temps de vous faire découvrir le passé compliqué de ce titre qui vient enrichir le monde du jeu de baston PC.

Killer Instinct BannerSelon toute vraisemblance, l’ambition initiale de Microsoft était simplement de livrer le reboot d’un jeu de combat bien connu, pour gonfler le catalogue d’exclusivités de sa console, en évitant de prendre un risque financier trop grand. Trois ans plus tard, le constat est impressionnant : Killer Instinct a su, malgré des moyens réduits, une technique à la traine et son statut d’exclusivité Xbox One, se faire sa petite place sur la scène baston, et semble bien parti pour la garder.

Dans l’épisode précédent…

Pour comprendre à quel point ce Killer Instinct revient de loin, il suffit de jeter un œil à son développeur : Double Helix Games. Comment ce studio, qui en 2013 a surtout à son actif un paquet de bouses, ne s’est-il pas planté sur un genre considéré, à raison, comme un des plus difficiles et mal documentés du milieu ? La réponse est assez simple : grâce au chéquier de Microsoft. Car ne nous voilons pas la face, quand je parle de “petits moyens”, c’est en regard des sommes colossales investies par Sony pour faire de sa PS4 la console de l’e-Sport, en s’offrant entre autres l’exclu de Street Fighter 5. Rien de comparable avec le cas Killer Instinct…

Conscient de son inexpérience, Double Helix Games a profité de cet argent pour recruter les rares game designers américains compétents dans le genre et éviter la catastrophe. Au générique, on retrouve donc le très connu James Goddard, créateur de DeeJay dans Street Fighter 2, game designer du mal-aimé Weapon Lord et surtout à l’origine de Street Fighter II’: Hyper Fighting, considéré encore aujourd’hui comme un des épisodes les plus équilibrés de la série.

Killer Instinct PC Wolf

Un effet « fluffy » un poil… différent. Même sur PC.

Goddard rejoint alors son comparse Dave Winstead (ex-Capcom, ex-Weapon Lord), en charge du character design et déjà chez Double Helix à l’époque. Et comme il faut un peu de sang neuf, Dan Fornace (aujourd’hui créateur de Rivals of Aether) et Mike Zaimont (lead Design / Dev de Skullgirls) arriveront en renfort, mais en freelance. Cette fine équipe se met au travail et aide le studio à pondre un jeu qui ne fait pas honte aux fans. Ça manque clairement de génie niveau gameplay mais le tout reste fun et sans grosse tare technique. Et puis ça mouline à 60 images/sec en toutes circonstances, ce qui n’est déjà pas si mal pour l’époque…

Étant financé par Microsoft, le titre se permet un business model rare côté baston : distribuer le jeu gratuitement mais avec un seul personnage jouable, qui change régulièrement. Les Japonais de Tecmo venaient de prouver que cela pouvait fonctionner avec Dead or Alive 5, alors pourquoi ne pas tenter sa chance ! Évidemment, ce côté Free To Play déclencha des hurlements chez les joueurs et la presse, la frontière entre F2P et “pay to win” étant souvent bien mince. Mais le modèle de Killer Instinct s’avère moins pénalisant que celui d’un certain MOBA mondialement connu…

Si l’on peut effectivement acheter au détail de nombreux éléments / persos, il est possible de s’offrir le jeu complet pour seulement 20 euros sur Xbox One en 2013. Un tarif dans la norme pour un titre Xbox Live. La version gratuite est finalement une démo taille XXL, qui permet de se faire une réelle opinion sur le titre. Elle propose même un tutoriel, qui reste à ce jour le meilleur moyen d’apprendre à jouer à Street Fighter et ses dérivés, dont Killer Instinct fait évidemment partie. Elle laisse également les joueurs tester le jeu en ligne (impossible donc de mentir sur sa qualité), le survival, le mode arcade… Bref, difficile de faire la fine bouche. D’autant que, bien avant la sortie, on parle déjà de continuer à développer le jeu en cas de succès, créant ainsi un service évoluant continuellement, plutôt qu’un produit aux multiples itérations comme un Street Fighter 4.

Les pixels qui piquent

Ce qui fait moins plaisir, c’est tout l’aspect technique de ce Killer Instinct époque Xbox One. À l’exception des stages (il y en a un par personnage, rareté aujourd’hui), les modèles 3D sont moches, les textures baveuses, les animations horribles. Pour cacher la misère et faire plus “next-gen”, l’ensemble est camouflé derrière un abus de particules, de déformations et autres effets WAOUH en tout genre, qui peinent pourtant à masquer que le développement du titre avait commencé sur Xbox 360.

La direction artistique du titre n’est pas en reste et pourrait être résumée en un mot : GRASSE. Couleurs saturées, clairs-obscurs abusés, personnages tombant volontairement dans des stéréotypes poussés jusqu’à l’extrême… Ah ça, le design de Killer Instinct ne brille pas par sa subtilité ! Sans parler de cette bande-son complètement pétée, par un Mick Gordon en roue libre, mélange de métal, eurodance, musique classique, électro, dans des thèmes aux arrangements bien lourds qui restent en tête longtemps après avoir cessé de jouer. L’ensemble est accompagné de bruitages bourrins, malgré un sound design de qualité. Le principal problème étant ce commentateur qui beugle à la moindre action !

Tout cela contribue à créer un jeu paradoxalement aussi épuisant qu’il est accrocheur. Une sorte de plaisir coupable, à ranger aux côtés de Fast and Furious ou de la filmographie de Michael Bay.

Sa sortie se déroule du reste sans encombre : KI récolte les notes et retours attendus. Les joueurs le trouvent plutôt sympathique, mais râlent sur le manque de contenu. Microsoft se dit qu’il y a un coup à jouer, il faut transformer l’essai ! Sauf que, c’est ballot, Double Helix Games annonce son rachat par Amazon deux mois après la sortie. Oups ! MS a donc besoin d’un nouveau développeur et vite.

Here comes a new challenger

Killer Instinct PC Iron GalaxyManque de chance, il se trouve qu’à l’époque, peu de studios sont à la fois américains, compétents et disponibles pour reprendre le flambeau. Hormis NetherRealm (Mortal Kombat) et LabZero (Skullgirls), ça ne respire pas la qualité. Microsoft fait alors un choix osé : filer le bébé à Iron Galaxy.

Si le nom ne vous dit rien, c’est normal : il s’agit d’un des nombreux studios faisant de la réalisation sur commande et du portage. Des gars qui ont les mains dans le cambouis, pas vraiment des créatifs. Il sont surtout connus pour avoir bossé avec Capcom sur les portages HD de classiques tels que Street Fighter 3, Marvel vs Capcom Origins et Vampire Chronicles. Bon, en 2015, ils ont eu la malchance de devoir porter Batman sur PC avec le succès que l’on connait…

Microsoft se laissera convaincre par plusieurs facteurs. Iron Galaxy s’était d’une part proposé pour développer Killer Instinct quand le constructeur cherchait un studio. Mais surtout, ce dernier avait pondu depuis un jeu de combat à succès – au moins d’estime – nommé Divekick, en reprenant le boulot d’un collectif nommé One True Game Studios.

Cerise sur le gâteau : le designer de Divekick est une sommité dans le milieu du jeu de combat. Adam “Keits” Heart est en effet l’ancien rédacteur en chef du site Shoryuken et sans être un top-player, il a suffisamment trainé sa bosse pour savoir ce que les joueurs attendent d’un jeu de baston. La relève est donc assurée et le développement reprend de plus belle.

Une saison 2 qui motive la communauté

Iron Galaxy commence par faire un bilan du jeu. Les bases sont correctes, mais il faut clairement rajouter une masse de contenu pour convaincre les joueurs de repasser à la caisse. La saison 2 du titre proposera finalement 8 nouveaux combattants et autant de stages, mais elle sera surtout accompagnée de gros changements dans les mécaniques de jeu, ce qui permet au titre de devenir bien plus intéressant et de piquer la curiosité des amateurs qui avaient déjà lâché leur pad.

En bonus, on trouve aussi des retouches que beaucoup n’auraient pas voulu financer : une refonte des menus, des changements dans le système de League pour le jeu en ligne classé (un des meilleurs dans son genre encore aujourd’hui), le passage du 720p au 900p, l’ajout d’un mode histoire basique mais rigolo, un neuvième personnage en bonus… Et un mode de jeu baptisé “Shadow Lab” où des IA copient le style des meilleurs joueurs pour créer un mode arcade moins ennuyeux.

Killer Instinct PC bench

La version PC intègre un bench pour s’assurer que vous pouvez jouer en ligne sans problèmes.

Fort logiquement, cette Saison 2 est un succès, d’autant que le jeu commence à se faire une petite place dans les tournois. Iron Galaxy est en prime très présent et accessible, contrairement à certains studios. La communication avec l’équipe est ouverte, les forums actifs et ils n’oublient pas de mettre en avant les compétiteurs et les créateurs de contenu.

Cet aspect communautaire ira même plus loin, avec le lancement d’un compendium à la Dota2 pour financer les lots de la scène compétitive pendant l’année 2015, en plus de permettre de faire d’un des boss du jeu un personnage jouable. En 72 heures, ce sont 100.000 dollars qui sont allés financer tout le circuit compétitif, faisant de Killer Instinct le jeu de combat au ratio cash prize / joueurs le plus élevé à l’EVO.

Saison 3 boostée aux hormones de croissance

Ce qui nous amène (enfin ?) à l’actualité du moment : ce lancement de KI sur PC se fait en parallèle de celui de la saison 3, qui accueillera à nouveau 8 personnages et stages. Encore une fois, tout un lot d’améliorations supplémentaires sont au programme, avec notamment une refonte graphique de la gestion des lumières dans les stages.

Le roster de cette saison 3 prend aussi un tournant surprenant, avec des personnages issus de Halo, Gears of Wars et Battletoads. Pourquoi pas, vu le reste du casting, on n’est plus à ça près ! Quant au nouveau mode de jeu prévu pour satisfaire les mordus du solo, il se présente comme un mélange de ladder, d’arcade, d’histoire et de roguelike, utilisant du craft et des équipes de personnages. Un nouveau mode de jeu en ligne est également prévu sans plus de précisions.

Killer Instinct PC game

Techniquement, on a vu largement mieux. Mais le fun est là.

Autre bonne nouvelle, Microsoft se la joue grand prince : les joueurs qui ont craqué pour la version Xbox One n’auront pas à l’acheter sur PC, l’inverse étant également vrai ! Le jeu en ligne entre les plates-formes est en prime possible (crossplay) et les sauvegardes sont synchronisées au passage. Le grand luxe.

Vous aurez compris qu’avec un historique pareil, je vous conseille de jeter un œil curieux sur ce Killer Instinct PC. D’autant qu’il conserve le même business model que sur Xbox One : la base est gratuite (dont le super tutoriel que vous DEVEZ faire). Son unique personnage jouable permet malgré tout de se forger une opinion. Seules conditions : avoir Windows 10 et 20 Go d’espace sur votre disque C, le jeu se téléchargeant via le Store Microsoft. Il est possible de bouger le tout ensuite, mais l’installation passe fatalement par C, parce que Microsoft a encore du mal à se dire que nous sommes en 2016…

Killer Instinct PC Menu

Le warning qui sent bon la peinture fraiche !

Je vous encourage vraiment à y jouer parce qu’il a le mérite d’avoir survécu par le talent de ses équipes plus que par la planche à billets. Killer Instinct a réussi avec peu de moyens et beaucoup de bon sens à offrir ce que chaque jeu de combat devrait être capable de proposer aujourd’hui. Rien que son système de “prison” pour les joueurs qui quittent une partie qui semble perdue mériterait d’être en standard sur tout jeu de combat moderne. Ça calmerait les pros du ragequit sur Street Fighter 5 !

Certes, KI n’a pas le charisme d’un Street Fighter, le roster d’un Marvel vs Capcom et ne respire pas l’argent comme Mortal Kombat X. Il se contente d’être un bon jeu de baston, fait par des amoureux du jeu de baston, pour des amateurs de jeux de baston. Et ces devs ont osé des persos aussi débiles que Riptor le cyberdino cloné ! Avouez que ça mérite au moins un téléchargement !

Si l’envie vous prend d’acheter le jeu après avoir essoré le mode F2P, optez plutôt pour le pack à 50 euros, pour avoir l’intégralité du contenu déjà sorti ainsi que la saison 3, qui arrivera au compte-goutte chaque mois jusqu’en juillet.
Killer Instinct PC Bundle

Les bundles possibles

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Commentaires
  1. Pas besoin d'installer sur le C et de déplacer vers D.

    L'update windows du mois de novembre permettait déjà de choisir le lecteur de destination dans paramètre puis stockage. Il m'a absolument rien mis sur le C pendant le download ni l'install (il aurait pas pu de toute façon car j'avais moins de 15go de libre)

  2. Je testerais bien, mais c'est de l'UWP, donc non.

  3. Alors, ça en revanche, j'ai finalement trouvé : Settings > System > Storage > Save Locations et tu changes le "new apps will save to" vers le disque de ton choix. En revanche, ça ne semble pas dispo sur toutes les versions de W10 (ça ne l'était pas sur ma mise à jour depuis 8, ça l'est depuis que j'ai refait une clean install). En outre, ça balance ça dans la root, sans possibilité de choisir ton path.

    Bref, avec le Windows Store, bienvenue en 1994.

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