BarracuddA:
Je comprends ta colère (tu en as esquissé les raisons hier dans PdG). Je crois aussi que la loi bafoue les libertés fondamentales, les principes constitutifs de notre pays, et les principes fondateurs du droit.
Mais j'ai confiance dans le fonctionnement de la République, qui a mis en place des garde-fous pour qu'en cas de défaillance d'une de ses institutions, il y en ait une autre, supérieure et plus indépendante, qui rétablisse les principes.
Cette fois, la loi a pris en défaut l'Assemblée et le Sénat. Il reste encore le Conseil Constitutionnel, dont je suis convaincu qu'il videra cette loi effectivement liberticide de sa substance nauséabonde. Ce n'est que si elle réellement en application que je te rejoindrai en m'élevant contre un Etat liberticide.
Car effectivement, si c'est un jour appliqué, cela signifiera qu'on aura mis en place des mesures d'exception qui auraient fait s'étrangler les philosophes dont la République se dit la fille, pour une cause aussi triviale que le droit d'auteur. Non pas que je méprise les artistes et leur travail, ou l'art en général, bien au contraire, mais juste que dans mon échelle de valeurs, il ne s'agit pas là de motifs suffisamment graves pour renoncer à nos Valeurs et nos principes.
Je crois que la première des libertés est la liberté d'expression, car elle tient en elle les germes de toutes les autres libertés. Et effectivement, surveiller par un mouchard les activités d'un média, donc par essence un vecteur d'expression, me révulse. A noter, qu'on ne le fait même pas pour lutter contre les excès de vitesse (alors même que ce serait réalisable), et pourtant l'enjeu y est plus élevé sur mon échelle de valeurs, à savoir sauver des vies. HADOPI ne sauve pas de vies, elle maintient la position toute puissante de sociétés de production et de distribution fondées sur l'exploitation du travail des artistes.
Et comme je te le répondais hier, il est clair que beaucoup d'entre nous vont se contenter de chercher à contourner la loi. Mais peut-être qu'elle en motivera certains à vouloir faire entendre des positions plus jeunes, plus réalistes, plus indépendantes que celles exprimées par des dinosaures comme Albanel. On parle de la Révolution 68, et également de la révolution Internet, mais je crois qu'on n'a pas encore conscience que comme la première, la deuxième inscrit une rupture franche entre les participants ou les exclus des changements qu'elles induisent. Il y a les gens d'avant, Albanel et son firewall OOo en est, elle ne conçoit même pas ce dont elle parle, car c'est trop différent, et ça s'est trop rapidement différencié, de ses repères. Il faut aujourd'hui des politiciens qui possèdent (dans le sens de s'être approprié) cette nouvelle donne de la liberté, de la transmission de la connaissance, du savoir et des opinions, des loisirs, du travail, du lien social, et j'en passe, mais on pourrait trouver une infinité de domaines où Internet a tout changé. C'est en ça qu'il s'agit d'une Révolution. Et chaque Révolution a ses détracteurs et ses sympathisants, qui sont pris dans le train du changement, et ceux qui n'ont pas pu saisir l'enjeu, et dont les positions, pour ou contre, sont de fait anachroniques.
Aujourd'hui on a besoin d'individus qui ont pris ce train, qui soutiennent ou s'opposent à son mouvement, mais sont dedans.
Et là, je crois que nous avons assisté à l'ébahissement ahuri des bovins qui regardent passer le train. Ce n'est pas grave, il est déjà loin.
Syndrome de stress prétraumatique