Outils d’écriture en ligne : il n’y a pas que Google Docs dans la vie

Je vous épargne l’intro classique de la déprime, à base de “blablabla, c’est bientôt la rentrée, blabla, travail, oulalala on était mieux en vacances”, vous connaissez la chanson. C’est l’heure de bosser, et dans les outils nécessaires à votre gagne-pain, il y a peut-être ce truc appelé Google Docs. Traitement de texte en ligne un poil révolutionnaire à l’époque de sa sortie en 2006, il concurrence des dinosaures comme Word, et a été le premier à (très bien) gérer l’édition de texte collaborative. Mais en 2017, il a deux problèmes : c’est devenu une usine à gaz et il est totalement inadapté à la publication sur le Web, ce qui est ironique de la part d’un produit Google. En prime, la concurrence n’est pas restée roulée en boule à pleurer dans son coin. Il existe une multitude d’alternatives, et nous sommes là pour passer en revue les plus intéressantes.

Gdocs Alt - Editorially

En 2013, Editorially était proche de la perfection. Ce n’était malheureusement pas le cas de son modèle économique…

Commençons en clarifiant un point important : Google Docs reste un produit de qualité. Sa création résulte de l’agrégation d’une multitude de Webapps, de Writely à DocVerse. Des acquisitions réalisées entre 2005 et 2012 par un Google bien décidé à concurrencer Microsoft Office. Ses fonctionnalités sont très nombreuses, et je vais briser vos rêves tout de suite : aucune alternative n’est aussi complète pour l’édition de certains types de documents. C’est dans l’optique d’une publication Web que GDocs est totalement inadapté.

Car les usages changent ! Pour certains artisans du texte, GDocs est devenu aussi pénible à utiliser qu’un Word au sommet de sa gloire… La question problématique pour la concurrence c’est “comment se battre contre un produit gratuit, qui évolue avec la puissance financière d’un Google ?”. La création et la maintenance de softs de qualité demandent des ressources et certains s’y sont déjà cassé les dents, malgré leurs excellentes idées. Je pleure encore Editorially, premier outil d’écriture collaboratif en Markdown, et même une Webapp “simple” comme Hackpad n’aura pas trouvé de modèle économique satisfaisant. Dans les produits présentés ci-dessous, seuls certains tentent de concurrencer GDocs en proposant un traitement de texte complet. Sans surprise, ils viennent de sociétés largement de taille à se frotter au géant de Mountain View. Et toujours sans surprise, ils ne répondent pas plus à la problématique sous-jacente que j’aborde aujourd’hui : publier facilement un texte sur le Web.

Marc qui ?

Avant de découvrir les produits sélectionnés, il faut que je vous (re)parle du Markdown. Dans les outils présentés ici, les plus adaptés à la publication sur le Web sont ceux qui travaillent avec ce langage de balisage léger, capable d’exporter vos textes facilement dans un HTML propre et sans bavure. Mieux, de nombreux outils de publication online comme Worpdress ou Ghost gèrent directement le Markdown. Je vous invite donc à lire la fiche Wikipedia sur le sujet pour en apprendre plus sur ce format, que j’utilise tous les jours, pour tous mes textes, et ce depuis des années. Une version française de cette fiche, un peu moins complète, est également disponible.

Il existe une tonne d’outils Web pour écrire en Markdown, mais ne sont sélectionnés que ceux qui permettent l’édition collaborative, qui est pour moi la fonction la plus importante de GDocs.

Les classiques tueurs d’arbres

On passera rapidement sur les grands noms de la vieille école, qui ne sont que des déclinaisons Web de produits historiquement “offline”. Les versions desktop sont du reste souvent supérieures à leur version online. L’offre moderne et intéressante se trouve plus bas !

Word Online (Microsoft)

Gdocs Alt - Word Online

Véritable rente de Microsoft, l’inertie du monde du travail rend toujours inévitable dans certains milieux ce traitement de texte né au paléolithique. Si vous entendez encore dans les couloirs de votre boite des phrases du genre “Hihi ! Je t’avais pas envoyé la bonne version du .doc dans ce mail !”, toutes mes condoléances, vous êtes coincé en 1997. Vingt de retard, ce n’est pas si grave…

La version online permet de gérer des docs à plusieurs comme GDocs et je serais mauvaise langue d’en dire trop de mal. Après tout, ça fonctionne. Lentement, pas très bien sur tous les navigateurs, mais elle existe et très honnêtement, ça dépanne plus d’un utilisateur d’Office 365. Bosser exclusivement dessus relève en revanche d’une certaine forme de masochisme…

Pages (Apple)

Gdocs Alts - Pages

Forcément, pour une publication sur le Web, ça va être compliqué…

La version iCloud de Pages a été une source intarissable de moqueries pendant longtemps. Lente à pleurer même sur un Mac en utilisant Safari, c’était typiquement le genre de Webapp qui prouvait qu’Apple n’était pas une société spécialisée dans le Web. Pire, l’existence de cette version online a forcé Apple à castrer la version desktop pendant longtemps. Tout bêtement car ils étaient incapables de reproduire certaines fonctions sur la version Web… Autant dire que des dents ont grincé, dont les miennes.

Et en 2017 ? Comme pour Word, il me parait compliqué de bosser exclusivement dessus, mais ça dépanne et c’est pratique pour partager des docs avec des utilisateurs Windows ou Linux. L’efficacité des éditions iOS et Mac de Pages donne à cette Webapp une raison d’exister : on prend plaisir à bosser sur ces versions desktop en sachant qu’il sera possible de partager son travail si nécessaire. Il m’arrive régulièrement de préparer des docs avec Pages pour des clients, qui pourront visualiser, corriger et commenter en direct sur le Web. Avec un confort suffisant pour ne pas m’insulter ou me virer tout de suite… La gestion des docs via iCloud permet de ne pas se prendre la tête avec différentes versions. Cerise sur le gâteau, les différentes révisions de vos docs sont accessibles très facilement. Les progrès d’Apple sur toutes ses Webapps iCloud sont indéniables et prometteurs. En revanche, comme pour Word ou GDocs, c’est à oublier pour une publication online, vu que les options d’exportation se limitent aux classiques (Pages, Word,PDF, ePub).

Le papier, c’est pas le pied

On va rentrer dans les offres “modernes”, qui s’affranchissent des problématiques classiques. Ces produits commencent à comprendre qu’on n’est pas là, à bosser sur le Web, pour produire un document qui existera au final sur papier. L’intégration de vidéos devient une évidence, tout comme l’exportation vers des formats plus adaptés à une publication online.

Quip (Salesforce)

Gdocs Alt - Quip

La gestion des commentaires est très bien pensée dans Quip.

Salesforce, un géant souvent peu connu du grand public, s’est offert Quip pour 750 millions de dollars en 2016. On ne débourse pas ce genre de somme pour des produits tounazes™, et pour avoir utilisé Quip pendant plus d’un an avec un client, j’avoue que cette solution est intéressante. Et surprise, depuis son rachat, elle s’est bonifiée ! Comme quoi, tout arrive. Elle est devenue beaucoup plus payante aussi… Chez Salesforce, on ne fait pas vraiment dans le caritatif.

Quip regroupe les classiques de l’édition de docs en équipe, mais ne fait pas que du traitement de texte. On y trouve un module de discussion, de créations de tableaux et docs texte ainsi que la gestion de checklists. Et, évidemment, ça s’intègre avec les autres produits Salesforce. Je vous laisse faire le tour du proprio, surtout qu’il est possible d’essayer tout ça gratuitement.

Beegit

Gdocs Alt -Beegit

La gestion du workflow est la grosse valeur ajoutée de Beegit.

Beegit est un outil qui évolue depuis 2014. De simple éditeur Markdown, Beegit est maintenant devenu un outil complet avec gestion d’équipe, intégration avec WordPress, contrôle de versions, etc. Orienté production de contenus en team, le prix de l’offre est limpide : ici on veut des entreprises et c’est tout ! Vu le sort d’Editorially, je préfère ça en fait. Si on cherche un outil pro pour sa boite, ça rassure. Et personne n’a envie de former ses équipes sur une solution qui risque de capoter dans l’année. Si vous êtes un indépendant ou une TPE fauchée, passez votre chemin, vous trouverez des outils plus adaptés à votre budget ou vos besoins ailleurs dans ce dossier… Dans le cas contraire, vous avez accès à un essai de 14 jours pour vous faire une idée sur le produit. Un des plus intéressants dans son genre.

Paper (Dropbox)

Gdocs Alt -Paper

Design sobre, facile à utiliser, Paper est un excellent service.

Paper ne concurrence pas vraiment Quip ou Beegit. Dropbox propose ici un traitement de texte minimaliste et moderne où l’accent est mis sur la collaboration et la gestion de médias. Pas de chat, pas de gestion de workflow, pas de mise en forme complexe à l’horizon. À la place, une intégration parfaite des images, des vidéos, des sons et même des gifs animés… Dropbox oblige, la gestion de versions et synchro avec les apps mobiles est excellente. Tout comme l’exportation de documents, qui est simple et efficace : Markdown ou docx (Word) sont possibles. La version Markdown sera exploitable ensuite partout, sur le Web ou dans un autre éditeur de texte si besoin. On est loin de la problématique d’export de GDocs…

Sur Geekzone, nous utilisons Paper toutes les semaines pour préparer la conduite du podcast Torréfaction. Et vu que cet outil est gratuit, je m’en sers avec des clients qui sont ravis de découvrir cette pépite qui ne fait pas mal au porte-feuille. C’est à mon sens le meilleur concurrent de GDocs actuellement pour ceux qui bossent sur des publications Web. Son seul gros défaut à mon sens : son incapacité à importer un texte en Markdown, un problème que l’on retrouve sur Quip. Je lui reproche aussi une interface très perfectible côté gestion de fichiers. Fun fact : il est impossible de totalement effacer un fichier ou de virer un document qu’on vous a partagé (et dont vous n’êtes pas admin). Dropbox pense que vous devriez tout archiver. Moi pas… Et pendant que j’en suis à râler, la publication directe vers des services comme WordPress & co serait un plus appréciable.

Les rois du Markdown

Enfin, nous y sommes. De l’édition de texte en Markdown, sans fioriture si ce n’est la gestion d’équipe. Ces Webapps fonctionnent presque toutes de la même manière : un mode édition en MD et un autre réservé à la prévisualisation de votre contenu.

GitHub

Oui oui, GitHub. Sa gestion du Markdown est un peu différente (on parle de “GitHub Flavored”), mais il est tout à fait possible de l’utiliser pour de l’écriture de texte collaborative. C’est juste du code un peu différent finalement… Certains ont mis en place des méthodes impressionnantes autour de GitHub, mais j’avoue que ça dépasse le cadre de ce dossier.

Draft (Nathan Kontny)

Draft est un éditeur Markdown online solide, même si son interface n’est pas des plus gracieuses. Le côté collaboratif est très rudimentaire (partage de links avec refus ou acceptation des modifications). Je l’inclus dans cette liste parce que j’estime qu’il fait partie des Webapps qui ont lancé le mouvement de l’édition online en Markdown. Dans le genre, on trouvera aussi Dillinger (qui a la particularité de savoir exporter directement sur Medium), Markable.in ou encore Fiddle.md. Aucun ne gère l’écriture collaborative, mais si vous cherchez un outil online pour votre prose, ce sont des options intéressantes.

StackEdit (Benoit Schweblin)

Gdocs Alt - StackEdit

Avec son export direct vers Blogger, GitHub, Tumblr ou WordPress, cet outil vise clairement les plumes du Web. J’ai toujours adoré son design très propre et la v4 en fait vraiment un outil agréable à utiliser. Malheureusement, la collaboration est gérée de manière archaïque, en rusant via Google Drive et Dropbox. Mais c’était un passage obligé pour donner naissance au produit suivant !

Classeur

Après sa v4, StackEdit semblait végéter, et on sait maintenant pourquoi. Son auteur bossait sur Classeur, avec d’autres développeurs de talent. Classeur est un éditeur Markdown online avec une véritable offre commerciale, justifiée par ce que j’attendais le plus : une édition collaborative de qualité. Seul bémol, il faut se connecter via un compte Google… Mais on lui pardonne tant l’interface et les features sont intéressantes. La version gratuite est très généreuse et permet de bien tester ce service, qui dispose en prime d’une application Mac. Les versions Linux et Windows sont prévues. Un jour. Le développement n’est pas très actif, comme souvent sur ces produits de niche, mais vous pouvez foncer, c’est à mon sens un des meilleurs outils du dossier.

Penflip (Loren Burton)

Gdocs Alt - Penflip Demo

Créé en 2013, Penflip se veut depuis le départ le GitHub du texte. Du reste, la politique tarifaire est calquée sur ce dernier : le service est gratuit si vos textes sont publics, et sortez la CB pour gérer vos projets privés !

Avec un modèle comme GitHub, le problème c’est que l’interface de gestion de vos fichiers et certains concepts risquent d’être un peu déstabilisants pour ceux qui ne connaissent pas du tout l’outil. Pas de panique : la doc est bien faite, et l’interface d’édition tout à fait compréhensible par un novice.

Le hic, c’est qu’on sort de la collaboration en temps réel pour retourner sur un modèle de changements proposés qu’on accepte ou rejette. Une manière de faire qu’on retrouve ailleurs, mais qui commence à sérieusement accuser son âge en face d’un Paper par exemple.

La gravité de l’inertie

Je vais radoter, mais depuis la mort d’Editorially, je ne trouve aucun outil parfait. Depuis plus de 3 ans, des développeurs tentent de réinventer la roue, si possible sans se casser les dents sur un modèle économique intenable. On en revient toujours au problème classique de l’inertie : convaincre des habitués de Google Docs ou Word d’utiliser votre produit est compliqué. Rien que se faire connaitre est un cauchemar. Alors les faire payer… Ce marché de niche ne va pas permettre à une startup de lever des millions, puisque les clients seront forcément limités. Dans ces conditions, il est déjà impressionnant de voir autant de produits intéressants, à défaut de remplir parfaitement mon cahier des charges.

Classeur est assez proche de mon idéal d’éditeur collaboratif, mais mériterait une véritable gestion d’équipe, avec des droits d’accès, etc. Des développements compliqués et donc forcément couteux. Paper, avec son intégration des médias, est le plus sexy. Il souffre malheureusement d’autres tares qui l’empêchent à mon sens d’être l’outil ultime. Un mix des deux, une sorte de Paper capable de gérer du Markdown brut en import et en édition ne serait pas loin du produit parfait, avec une interface de gestion de fichiers moins pénible, évidemment. Et je ne parle que du côté édition. Editorially allait plus loin dans la gestion du workflow de création de texte pour le Web. D’ailleurs les fondateurs ont terminé chez Vox Media (The Verge, Recode, Polygon, etc.), qui doit maintenant avoir un outil de publication largement plus efficace que ceux de la concurrence…

Si on met de côté deux minutes la problématique du service idéal, il reste un fait indéniable : pour les scribouillards du Web comme moi, tous les produits dont j’ai parlé (hors Pages et Word) sont mieux qu’un GDocs. Il est peut-être temps qu’un poids lourd du secteur se demande sérieusement ce que doit être un traitement de texte moderne, à l’horizon de 2020.

 


Note : cet article est l’équivalent de plusieurs pages de magazine. Il n’est possible de rédiger (ou plutôt écrire / réécrire / corriger / intégrer) des papiers de cette taille que grâce à nos soutiens Paypal, et surtout à nos patrons. Oui, on sait, ce n’est pas le bon terme. Mais nous, ça nous fait rire. Et quand on reçoit des sous aussi, d’ailleurs. Du coup, merci à vous, qui mettez la main à la poche pour nous inciter à bien bosser ! Et si vous n’avez pas encore franchi le pas, pensez à soutenir Geekzone pour que nous puissions augmenter la cadence !

Vous devriez également aimer…

Commentaires
  1. J’attends le bouton "tout importer depuis google drive"pour me lancer en fait. Ca existe sur Paper par exemple ?

  2. rez

    je vous propose l’outil d’écriture le plus simple et pratique à utiliser quand vous n’avez que votre browser sous la main:

    data:text/html,%20<html%20contenteditable><title>notepad</title>

    (oui, c’est une vraie url qui marche :D)

  3. Ouais alors j’ai zappé le bordel autour de ça, parce que ZZZzzzz, toute la baston Gruber / Atwood autour de la marque, de l’intérêt de rajouter des trucs au risque de le rendre trop complexe, etc. Les 2 ont des arguments intéressants, et je suis content que le Markdown (je parle du concept) avance avec des produits concrets, comme Discourse justement (qui passe au CommonMark soon, vu que les 2 sont les bébés d’Atwood).

  4. Ah je critique pas du tout ton post hein, au contraire ! Mais c’est un débat compliqué qui mélange égos et vrais questions d’usage (entre Gruber et Atwood) et j’étais déjà sur les rotules (j’avais oublié le paragraphe MD au début même, c’est dire :stuck_out_tongue: )

    Personnellement je suis TRES content de l’initiative CM, la maladresse du nom d’origine et le bordel qui s’en est suivit sont dommages dans le sens où on a perdu du temps et de l’énergie pour pas grand-chose. :confused:

  5. Ouais mais avant ça faut que je réussisse a faire le backup du mac haha. #CrossTopic

19 autre(s) commentaires